Binance quitte la France : par quoi la remplacer en 2026 ?

Le 24 juin 2026, Binance France a envoyé un courriel à ses utilisateurs : faute d’avoir obtenu l’agrément européen MiCA, la plateforme cessait de fournir ses services aux résidents français à compter du 1er juillet. Environ deux millions de comptes français sont concernés.

Si vous faites partie de ces utilisateurs, deux questions se posent, dans cet ordre : que deviennent vos actifs, et vers quelle plateforme les déplacer. La seconde est la plus documentée sur le web ; la première est la plus urgente, et la plus mal traitée, notamment sur son volet fiscal.

Article publié le 21 juillet 2026, à partir des registres officiels AMF et ESMA.

Ce qui s’est passé le 1er juillet

La date marque la fin de la période transitoire prévue par le règlement européen MiCA pour les anciens prestataires français enregistrés sous le régime PSAN, issu de la loi PACTE de 2019.

Depuis cette date, fournir des services sur crypto-actifs à un résident français suppose de détenir l’agrément PSCA, appelé CASP en anglais. Cet agrément s’obtient de deux manières : directement auprès de l’AMF, ou auprès d’un autre régulateur européen, avec un passeport valable dans les vingt-sept États membres.

Le tri a été sévère. Sur environ 117 prestataires enregistrés PSAN en France, 83 ont obtenu l’agrément. Binance n’en fait pas partie.

Vérifier une plateforme en deux minutes

Deux registres officiels, et eux seuls, font foi. Ne vous fiez pas à la mention affichée sur le site de la plateforme elle-même.

  1. La liste blanche de l’AMF. Recherchez le nom exact de l’entité juridique, pas le nom commercial. Vérifiez que le statut indiqué est bien « agréé » et que le numéro commence par A.
  2. Le registre public de l’ESMA, l’autorité européenne des marchés financiers, qui centralise les prestataires agréés MiCA dans toute l’Union. C’est la référence pour les plateformes opérant sous passeport européen.

Un point mérite d’être souligné : l’absence d’une plateforme de la liste noire de l’AMF ne vaut pas autorisation. Seule la présence sur la liste blanche, avec le bon statut, en tient lieu.

Le sujet n’est pas purement administratif. Une plateforme fournissant des services sur crypto-actifs sans autorisation s’expose, au titre du code monétaire et financier, à deux ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende. Pour vous, utilisateur, le risque est plus prosaïque : un accès coupé sans préavis, et des virements SEPA bloqués par votre banque au titre de la lutte contre le blanchiment.

Le point fiscal que presque personne ne mentionne

C’est ici que se joue le plus gros risque d’erreur, et il est coûteux.

Transférer vos actifs vers une autre plateforme agréée, ou vers un portefeuille que vous contrôlez, ne constitue pas une cession. Vous restez propriétaire des mêmes actifs : il n’y a pas de fait générateur d’imposition, et donc rien à déclarer à ce titre.

Une conversion en euros, en revanche, en est une. Si la plateforme liquide vos positions et vous restitue des euros, vous avez cédé des actifs numériques contre de la monnaie ayant cours légal. La plus-value éventuelle est imposable et devra être déclarée, y compris si cette conversion vous a été imposée.

La différence entre les deux scénarios peut représenter plusieurs milliers d’euros pour un portefeuille constitué de longue date. Elle ne dépend pas de votre intention mais de la nature de l’opération. Conservez l’ensemble de vos justificatifs : courriels de la plateforme, historique des transferts, relevés de positions à la date de fermeture. Compte tenu des montants en jeu et de la diversité des situations, faites valider votre traitement fiscal par un professionnel avant votre déclaration.

Les plateformes qui restent accessibles en France

Deux voies mènent à la légalité, et elles ne se valent pas tout à fait.

L’agrément délivré directement par l’AMF

C’est le cas de Deblock, agrément A2025-001, et de Coinhouse, titulaire du tout premier enregistrement PSAN de France puis de l’agrément PSCA délivré par l’AMF. L’instruction du dossier a été menée par le régulateur français, et votre interlocuteur en cas de litige est une entité de droit français. Pour un épargnant qui privilégie la lisibilité du recours, c’est la configuration la plus confortable.

Le passeport européen

D’autres acteurs opèrent légalement en France grâce à un agrément obtenu dans un autre État membre : Coinbase via son entité luxembourgeoise, Kraken via Payward Europe, ou encore Bitpanda. La légalité est entière et le cadre MiCA est identique partout. La nuance est pratique : le régulateur compétent n’est pas l’AMF, et une procédure éventuelle se déroulera dans un autre pays.

Nous ne publions pas ici de classement chiffré des frais. Les grilles tarifaires ont beaucoup bougé depuis juillet, plusieurs acteurs ayant lancé des offres de transfert pour capter les anciens utilisateurs de Binance. Notre comparatif des plateformes agréées détaille les frais officiels de chacune, vérifiés à la source.

Méfiez-vous des offres de bienvenue

Deux millions d’utilisateurs cherchent une plateforme en même temps : le marché l’a bien compris. Les primes de transfert et bonus de bienvenue se multiplient depuis juin.

Ces offres peuvent être légitimes, mais elles ne devraient jamais déterminer votre choix. Une prime se touche une fois ; des frais de transaction se paient à chaque opération, pendant des années. Un écart de 0,5 % sur vos frais représente rapidement davantage que n’importe quelle prime d’entrée.

Surtout, cette période d’affluence est propice aux tentatives d’escroquerie. Les faux courriels de « migration Binance » et les sites imitant des plateformes connues circulent activement. Aucune plateforme légitime ne vous demandera votre phrase de récupération, sous aucun prétexte, pour aucun motif de migration.

Points forts

  • Un cadre réglementaire unique dans les vingt-sept États membres
  • Des exigences renforcées en matière de fonds propres et de ségrégation des actifs clients
  • Un registre européen centralisé, consultable librement
  • Le tri des acteurs non conformes, ce qui réduit l'exposition aux plateformes opaques

Points faibles

  • Une réduction du choix : 83 prestataires agréés sur 117 anciens enregistrés
  • Le départ d'acteurs majeurs, dont Binance, et ses conséquences sur la liquidité
  • Des démarches de transfert à la charge de l'utilisateur, avec un risque fiscal en cas d'erreur
  • Une période propice aux tentatives d'escroquerie
  • Un agrément qui n'est pas une garantie sur vos fonds

Ce qu’un agrément ne vous garantit pas

Le point mérite d’être dit clairement, parce que la communication ambiante entretient le contraire. L’agrément MiCA identifie un acteur autorisé et soumis à des obligations vérifiables. Il ne garantit pas vos fonds.

Il n’existe aucun équivalent de la garantie des dépôts bancaires pour les actifs numériques. Si une plateforme agréée fait défaut, vous demeurez créancier dans une procédure collective. C’est précisément l’argument des portefeuilles à garde autonome : les actifs dont vous détenez les clés ne dépendent de la solvabilité de personne.

Que faire, concrètement

  1. Vérifiez votre plateforme sur la liste blanche de l’AMF et le registre de l’ESMA. Statut « agréé », numéro commençant par A.
  2. Si elle n’est pas agréée, ne tardez pas : transférez vos actifs en nature vers un portefeuille que vous contrôlez.
  3. Archivez tout : courriels reçus, historique des opérations, relevés de positions. Ces pièces vous seront demandées.
  4. Choisissez ensuite votre plateforme de destination sur ses frais et son cadre réglementaire, sans vous laisser guider par une prime.
  5. Faites valider votre traitement fiscal si des conversions en euros ont eu lieu.

Pour aller plus loin

Pourquoi Binance a-t-elle quitté la France ?

Binance France n’a pas obtenu l’agrément PSCA prévu par le règlement européen MiCA. Depuis la fin de la période transitoire, le 30 juin 2026, cet agrément est obligatoire pour fournir des services sur crypto-actifs à des résidents français. La plateforme a informé ses utilisateurs par courriel le 24 juin 2026 de la cessation de ses services au 1er juillet. Environ deux millions de comptes français étaient concernés.

Mes cryptomonnaies sont-elles perdues ?

Non. Une plateforme qui cesse son activité doit organiser la restitution des actifs de ses clients. Vous pouvez les transférer vers un portefeuille dont vous détenez les clés ou vers une plateforme agréée. Agissez sans attendre : les délais de traitement s’allongent avec l’affluence, et une inaction prolongée peut aboutir à une conversion forcée en euros, avec les conséquences fiscales que cela implique.

Le transfert de mes cryptos est-il imposable ?

Un transfert vers une autre plateforme agréée ou vers votre propre portefeuille ne constitue pas une cession : vous restez propriétaire des mêmes actifs, il n’y a donc pas de fait générateur d’imposition. En revanche, une conversion en euros en est une, même si elle vous a été imposée, et la plus-value éventuelle doit être déclarée. Faites valider votre situation par un professionnel.

Comment vérifier qu'une plateforme est agréée ?

Consultez la liste blanche de l’AMF en recherchant le nom exact de l’entité juridique, puis le registre public de l’ESMA pour les acteurs opérant sous passeport européen. Le statut doit indiquer « agréé » et le numéro commencer par A. Un numéro commençant par E correspond à l’ancien enregistrement PSAN, qui ne suffit plus depuis le 1er juillet 2026.

Quelles plateformes restent accessibles en France ?

Deux voies coexistent. L’agrément délivré directement par l’AMF, obtenu notamment par Deblock et Coinhouse. Et le passeport européen au titre de MiCA, dont bénéficient des acteurs comme Coinbase via son entité luxembourgeoise, Kraken via Payward Europe, ou Bitpanda. Sur les 117 prestataires anciennement enregistrés PSAN en France, 83 ont obtenu un agrément.

L'agrément MiCA garantit-il mes fonds ?

Non, et c’est un malentendu fréquent. L’agrément atteste qu’un acteur est autorisé et soumis à des obligations vérifiables, notamment en matière de fonds propres et de ségrégation des actifs clients. Il n’existe aucun équivalent de la garantie des dépôts bancaires pour les crypto-actifs. En cas de défaillance, vous restez créancier dans une procédure collective.

Faut-il se précipiter sur les primes de transfert ?

Non. Une prime de bienvenue se perçoit une seule fois, alors que les frais de transaction s’appliquent à chaque opération pendant des années. Un écart de 0,5 % sur les frais dépasse rapidement le montant de n’importe quelle prime. Cette période est par ailleurs propice aux escroqueries : aucune plateforme légitime ne vous demandera jamais votre phrase de récupération.

Informations vérifiées le 21 juillet 2026 auprès des registres AMF et ESMA. Les cryptomonnaies présentent un risque de perte en capital. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement ni un conseil fiscal ; les situations individuelles varient et méritent l’avis d’un professionnel.

Laisser un commentaire